Compartimos noticia sobre coloquio Phenomenologies féministes (en francés en original)
Phénoménologies féministes : travaux en cours
Colloque international
Université Toulouse Jean Jaurès
ERRAPHIS/IUF
4-5 et 11-12 mai 2026
Maison de la recherche, salle D 31
Organisation : Elsa Dorlin et Claudia Serban
Argumentaire:
Avec Le deuxième sexe (1949) de Simone de Beauvoir, dont le deuxième tome est consacré à « l’expérience vécue » des femmes, la phénoménologie française a effectué très tôt son premier tournant féministe, solidement étayé par le dialogue (implicite ou explicite) de Beauvoir avec Sartre, Merleau-Ponty, Levinas, Heidegger ou Husserl. Si ce dernier a expressément légué à la phénoménologie, dans la Crise des sciences européennes (§ 55), le « problème des sexes (Problem der Geschlechter) », c’est surtout en France que cette impulsion a de prime abord été suivie, notamment par l’attention portée par Merleau-Ponty au corps sexué dans la Phénoménologie de la perception et par Levinas à la catégorie du féminin dès Le temps et l’autre. De cette phénoménologie précoce du féminin – discutée de manière critique par Catherine Chalier dans Figure du féminin (1982) –à la phénoménologie féministe, il y a cependant encore un pas important à franchir, qui implique non seulement une attention accrue à l’ancrage historique, géographique, culturel, économique des pratiques philosophiques et l’adhésion à un agenda de lutte sociale et politique (en lien avec ce que Levinas a appelé lui-même, dans Le temps et l’autre, « les prétentions légitimes du féminisme qui supposent tout l’acquis de la civilisation »), mais aussi le déploiement d’une réflexivité méthodologique aiguisée et l’élaboration d’une épistémologie critique des savoirs et des discours. Ce multiple examen et engagement, épistémique, méthodologique, social et politique, requiert en outre de confronter la phénoménologie à d’autres traditions et pratiques philosophiques, comme le marxisme, la théorie critique ou les études foucaldiennes, ainsi qu’aux sciences sociales et à la psychanalyse.
La phénoménologie féministe initiée par Beauvoir a connu cependant peu de prolongements dans l’immédiat en France et a peiné à intégrer le corpus phénoménologique classique. Ce corpus canonique est resté largement masculin (à l’exception d’Edith Stein et, ponctuellement, d’Arendt ; des figures plus marginales comme Hedwig Conrad-Martius, Gerda Walther ou Yvonne Picard restant encore très peu connues), alors que d’autres philosophies féministes développées en dialogue étroit avec la phénoménologie, comme celle de Luce Irigaray, ont également été tenues à l’écart du canon et sont restées en marge de sa réception académique.
De l’autre côté de l’Atlantique, des traductions précoces (de Beauvoir, Sartre, Merleau-Ponty, Levinas, mais aussi Fanon) ont favorisé l’émergence de travaux anglophones innovants, américains ou développés dans un dialogue intercontinental et interculturel fécond. De tels travaux, comme ceux de Sandra Lee Bartky, Iris Marion Young, Linda Fisher, Rosalyn Diprose, Gail Weiss, Silvia Stoller, Helen Fielding, Eva-Maria Simms ou Sara Heinämaa, désormais classiques pour certains, demeurent pourtant encore largement méconnus et inédits en français. De même, les efforts collectifs remarquables qui ont abouti, au début des années 2000, à la publication des trois volumes de Feminist Interpretations (de Heidegger, Levinas et Merleau-Ponty) ont rencontré un écho très limité en France et n’y ont pas connu d’équivalent.
De tels travaux ont très vite articulé la phénoménologie féministe à une phénoménologie politique de l’injustice sociale et de l’oppression, qui a récemment gagné une visibilité plus nette dans l’espace francophone avec les travaux de Mickaëlle Provost (travaux qui, avec ceux de Manon Garcia et Natalie Depraz, ont également contribué au renouveau des études beauvoiriennes dans la philosophie de langue française). Notamment, les phénoménologies féministes se sont tôt engagées dans un dialogue intersectionnel serré et fructueux avec les approches phénoménologiques de la racialisation. Le développement récent de la phénoménologie critique, avec les contributions d’Alia Al-Saji, Lisa Guenther, Johanna Oksala, Ann Murphy ou Gayle Salamon, révèle le caractère crucial et structurant de ce dialogue, au sein duquel la phénoménologie queer initiée par Sara Ahmed joue également un rôle fondamental de nos jours. Dans la généalogie et la pratique de la phénoménologie critique comme dans les lectures les plus novatrices du corpus phénoménologique classique, la phénoménologie féministe a occupé et continue d’occuper une place centrale, paradigmatique et stratégique à la fois, que ce colloque souhaiterait faire ressortir en fournissant un terrain d’expression et de discussion à ses pratiques diversifiées. Celles-ci se caractérisent à la fois par l’investissement de champs thématiques délaissés, ignorés ou méprisés, par un questionnement portant sur les conditions de définition et d’exercice de la méthode phénoménologique et par un échange soutenu avec d’autres traditions majeures de la philosophie féministe, comme le féminisme matérialiste, l’afro-féminisme, le féminisme décolonial, latino-américain et chicana, l’éco-féminisme, ainsi qu’avec le « féminisme phénoménologique » développé par Camille Froidevaux-Metterie depuis une dizaine d’années et avec le « féminisme incarné » illustré dans les travaux québécois plus récents de Marie-Anne Casselot et Cécile Gagnon.
Ce colloque international s’inscrit dans le sillage des très rares événements scientifiques qui ont été consacrés expressément à la phénoménologie féministe en France pendant la dernière décennie, comme les travaux collectifs portés par Sylvia Duverger et Luca Greco à l’université de Lorraine en 2018, ou par Marie Garrau et Mickaëlle Provost à l’université Paris I en 2018 et 2022. Il réunira à la fois des spécialistes mondialement reconnues et des chercheur.e.s, jeunes ou confirmé.e.s, développant leurs travaux à l’intérieur de ce champ ou en dialogue étroit avec lui.
Programme
Lundi 4 mai :
10h Accueil et introduction : Elsa Dorlin (UT2J) et Claudia Serban (UT2J)
Matinée – présidence : Délia Popa (Villanova University, États-Unis)
10h30-11h30 Lisa Guenther (Queen’s University, Canada) : « Wild seed: Towards a feminist phenomenology of intergenerational time »
11h30-12h30 Elsa Dorlin (UT2J) :
Après-midi – présidence : Florian Chavarot (UT2J)
14h-15h Théodora Domenech (ESAD Grenoble-Valence) : « Intervention féministe en esthétique phénoménologique »
15h-16h Stefan Kristensen (Université de Strasbourg) : « Ecoféminisme et totémisme. La fonction écologique du rituel chez Elisabeth von Samsonow et quelques autres »
Pause
Après-midi – présidence : Jasmina Jovanović (UT2J)
16h30 Cécile Hanff (UT2J) : « Décrire les fractures de l’expérience, décrire l’expérience à partir de ses fractures »
17h30 Louise Lurcin (Université Paris Nanterre/UT2J) :
Mardi 5 mai :
Matin – présidence : Elsa Dorlin (UT2J)
9h30-10h30 Emma Duffaud (UT2J) :
10h30-11h30 Éloïse Loquet (UT2J) :
11h45-12h45 Hourya Bentouhami (UT2J) :
Après-midi – présidence : Hourya Bentouhami (UT2J)
14h-15h Irlande Saurin (Académie de Paris) :
15h-16h Claudia Serban (UT2J) :
16h15-17h : Discussion finale
Lundi 11 mai :
Matin – présidence : Claudia Serban (UT2J)
9h Délia Popa (Villanova University, États-Unis) : « Résistances. La phénoménologie des formes de vie à l’épreuve du présent »
10h30 Carmen López Sáenz (UNED Madrid, Espagne) : « ‘‘Entre’’ phénoménologie et féminisme »
11h45 Sara Heinämaa (University of Jyväskylä, Finlande) : « Understanding & Change: On the Goals of Feminist and Critical Phenomenology »
Après-midi – présidence : Délia Popa (Villanova University, États-Unis)
14h Natalie Depraz (Université Paris Nanterre) :
15h Andreea Smaranda Aldea (DePaul University, États-Unis) :
Après-midi – présidence : Marine Rouch (UT2J)
16h15 Marion Bernard (Académie de Créteil/Archives Husserl de Paris) :
17h15 Mickaëlle Provost (UCL-Bruxelles, Belgique) : « Que peut la sororité ? »
Mardi 12 mai :
Matin – présidence : Claudia Serban (UT2J)
9h30 : Anne Coignard (UT2J) : « Phénoménologie féministe et théorie transcendantale de la méthode »
10h30 : Paula Lorelle (Institut catholique de Paris) :
11h45 : Sarah Talini (Université Paris Nanterre) : « Repenser le ‘‘corps vécu’’ : une phénoménologie critique et féministe du validisme avec Iris Marion Young »
Après-midi – présidence : Elsa Dorlin (UT2J)
14h Élodie Boublil (Université Paris Est Créteil) : « Soin, emprise et abus : perspectives phénoménologiques »
15h Éléonore Paré (Université d’Ottawa/Université de Picardie) : « La résistance à soi comme éthique du trauma : une analyse phénoménologique du ‘‘vivre avec la trace de la violence’’ »
16h15 Chiara Palermo (Université Paris I Panthéon Sorbonne) :
17h15 : Emmanuel Levine (CNRS, Archives Husserl de Paris) : « Une phénoménologie féministe de l’antisémitisme »
18h15 Mots de conclusion
